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A Nicolas
Fleurot
Aitia
helomenou, theos anaitios
(Celui qui
choisit est seul en cause, dieu est hors de cause)
Platon (428-348 av. J.-C.),
La République (Politeia)
Des arbres
poussent dans ton sommeil,
Des néfliers cramoisis, des pêchers vêtus de neige douce,
Des cerisiers dansant dans la vague séditieuse de l’azur !
Puis vient à pas
mesurés s’avance une musique
Enveloppée de tuniques de safrans, de gaze de clochettes.
Une musique au visage d’une jeune fille frêle
Couronnée de branches d’oliviers,
Souriante, légère, harmonieuse
Comme un clapotis de ruisseau
Contre une rive de galets accueillants.
Et tu ne sais
point où te trouves,
Dans quel pays, sous quel ciel rouge de timidité,
Parmi le calme bruissement d’une herbe si verte
Et si fraîche qu’elle semblent sorties d’un
D’un dessin perse.
Et comme le mutin
Critias, tu as l’intime conviction
Que les dieux omniprésents sont l’invention
D’un homme retors pour contrôler
L’immense appétit de ses congénères
Au moyen d’une peur irrésistible
Et d’une culpabilité aux doigts de herse.
Puis, brusquement
tu te réveilles.
Tu as le visage inondé de semences de sueur,
Seul, abandonné sur la poitrine brûlante du silence,
Jeté comme un épis de blé dans un lit de ténèbres.
Tu sautes en
tremblant de ta couche, cries
Et tourne ton visage à l’intérieur de toi :
Là, où un autre visage rayonnant,
Un visage d’une clarté délicieuse
Accueille les petites graines améthyste de tes larmes
Et les changes en mille petits sentiers de lumière,
En mille colonnes de paix droites et vivantes.
Et comme Er, tu
racontes à tes livres dociles,
Une fois revenu,
Ce que tu as vu dans le pays des morts.
Athanase Vantchev de Thracy
A Paris, ce
vendredi 21 janvier, Anno Domini MMV
Glose :
Er le Pamphylien, fils d’Arménios : le mythe d’Er figure dans La
République (Politeia) de Platon (X, 614 b – 621 b). Il est trop long
et d’un style trop compliqué pour être cité intégralement et utilement
ici. J’essaierai d’en faire un bref résumé :
Er le Pamphylien, fils d’Arménios, l’ancêtre éponyme des Arméniens,
est tué au combat.
Au bout de dix jours, son corps, seul en bon état parmi un tas d’autres
corps putréfiés, est enlevé et transporté chez lui. Alors qu’on s’apprête
à lui rendre les honneurs funèbres, au douzième jour, il revient à la vie
et raconte ce qu’il a vu là-bas, c’est-à-dire dans le monde
invisible aux yeux des hommes mais non moins réel que le monde dans lequel
ils évoluent.
Er tué, son âme sort de son corps et marche parmi beaucoup d’autres âmes
appartenant aux hommes morts pendant la bataille. Toutes ces âmes arrivent
en un certain lieu quasi divin où elles voient deux ouvertures
béantes, l’une allant vers les entrailles de la terre, l’autre montant
vers le ciel. Des juges assis près de ces ouvertures, accueillent les
âmes. Les ayant jugées, ils
ordonnent à celles qui sont justes de marcher à droite et vers le haut.
Aux injustes ils ordonnent de marcher à gauche et vers le bas.
Quand Er se présente devant les juges, ceux-ci lui accordent un statut à
part. Il ne sera pas jugé afin de garder tel quel son être pour pouvoir
observer tout ce qui se passe dans ce lieu et, une fois revenu sur terre,
pour pouvoir révéler aux hommes les mystères liés à leur génération.
Emerveillé, Er voit des âmes tristes sortir de la terre et des âmes
joyeuses descendre du ciel. Ces âmes se mélangent et se racontent en
détail, les unes aux autres, ce qu’elles ont eu comme existences. Les unes
se lamentent et pleurent en se souvenant de leur pénible voyage de mille
ans à travers des vies pleines de ténèbres. Les autres, celles venant du
ciel, racontent au contraire à leurs consoeurs les jouissances et les
spectacles inimaginables de beauté qu’elles ont vécu.
Toutes ces âmes se rendent ensuite auprès de la déesse Anagkè
(Nécessité) qui tient dans ses mains un fuseau muni de huit pesons (poids
qui font tourner le fuseau). Sur le haut de chacun de ces pesons est
assise une Sirène entraînée avec le peson dans son mouvement circulaire et
émettant un son unique. Des huit Sirènes se fait entendre un unique
accord.
Autour de Nécessité, à intervalles égaux, sont assises, chacune sur un
trône, ses trois filles, les Moires : Lachésis, Clôthô et
Atropos vêtues de blanc et portant des bandelettes sur leur tête.
Les âmes arrivées auprès de ces divinités, doivent aussitôt aller vers
Lachésis. Un interprète les installent tout d’abord en ordre, puis,
prenant sur les genoux de Lachésis des sorts et des
modèles de vie, il monte sur une estrade et dit : « Déclaration de
la Vierge Lachésis, fille de Nécessité. Âmes éphémères ! C’est le début
pour une race mortelle d’un autre cycle de mort.
Ce n’est pas un ‘démon’ qui vous tirera au sort, mais vous allez vous
choisir vous-mêmes un ‘démon’. »
Ayant dit cela, l’interprète lance d’abord les sorts et chaque âme
prend celui qui est tombé tout près d’elle. Ces sorts définissent l’ordre
dans lequel les âmes doivent choisir les modèles de vie. Ce qui
frappe Er, c’est que les âmes qui descendent du ciel et qui ont eu une vie
agréable, choisissent des vies pleines de souffrances et que les âmes qui
ont beaucoup souffert, choisissent des vies plus ou moins heureuse. Ainsi
se fait une sorte de permutation des vies que vont assumer ces âmes sur
terre.
Ce mythe a pour objectif de nous faire comprendre que ce que nous
devenons dans la vie n’est que le fruit de notre libre choix : la seule
obligation qui nous soit imposée par la déesse Nécessité (Anagkè)
est celle de choisir. Il faut se mettre à l’écoute de son âme comme de la
part immortelle de soi-même. Le mythe propose une vision originale de la
génération des êtres humains : les âmes sont en nombre limité ; elles vont
et viennent selon un rythme cyclique.
Séditieux, se (adj.) : du latin seditiosus. Qui prend part à
une sédition, est disposé à faire une sédition. Synonymes : factieux,
insoumis, agitateur, rebelle. Sédition (n.f.) : du latin seditio.
Révolte concertée contre l’autorité publique : agitation,
insurrection, révolte, fronde, indiscipline.
Mutin, mutine (nom et adj.) : de meute, « émeute ». Qui n’a
pas le sens de la discipline, qui est porté à la révolte. Désobéissant,
insoumis, factieux, insurgé, mutiné, rebelle.
Critias (450-404 av. J.-C.) : homme politique athénien, élève de
Socrate, écrivain brillant, il fut le chef du parti oligarchique et l’un
des Trente tyrans imposés par les Spartiates. Chassé d’Athènes par
Thrasybule, illustre général et ami d’Alcibiade, il fut tué en essayant de
reprendre la ville. Il figure dans un dialogue de Platon, son petit-neveu.
Il nous reste quelques fragments isolés de son œuvre.
Herse (n.f.) :
du latin
hirpex, hirpicis. Instrument à pointes fixées à un bâti, qu’un
attelage ou un tracteur traîne ou roule sur une terre labourée pour briser
les mottes, enfouir les semences. Synonyme :
émotteuse, hérisson, herseuse, sarrasine. |