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« Hélas ! Je prie et flatte
ce qui me fera mourir… »
Gace Brulé
Où es-tu à
présent, ô mon enfant ?
Pourquoi ce silence, pourquoi cette peine
Qui fait trembler ma main
Dès que j’essaie de t’écrire ?
En vain ma
mémoire dessine
Sur la poussière salée de la vitre
Ton visage, tes yeux, ta gorge, ton sourire,
Tes bras rincés à l’huile de rose !
Cette attente
réitérée, ces frissons de la peau
Qui courent comme les ondes d’un ruisseau sous
Le voile vieilli du silence,
Des paroles anciennes
Plus douces et plus savoureuses
Que des framboises sauvages !
Reviens, mon
enfant,
Rends favorable pour ma tristesse
Ta fureur juvénile, la rutilance de tes gestes,
Les arches votives de tes colères fraîches !
Reviens, ô âme
aimée, calme l’inquiétude
De ce soir, la mélancolie des arbres,
L’empire du souvenir assoupi,
L’incendie qui jaillit glacial de ma poitrine !
Reviens, rends la
vie au temps mort,
La divine surprise de frémir au sang figé,
Viens, parle, chante,
Apaise de ta main réconciliée enfin
Avec la tendresse
Les battements
De ce soir de septembre !
A Paris,
ce dimanche 19 septembre, Anno Redemptori MMIV
Glose :
Grace Brulé (vers 1159 – ?) : poète, troubadour, chevalier. Son nom
Brulé vient de Burelé, surnom d’une famille champenoise. Il vécut
probablement à Nanteuil-les-Meaux, où il écrivit entre 1179 et 1212. Il
fréquenta la comtesse Marie de Champagne, le comte Geoffroy de Bretagne
(demi-frère de Marie), les comtes Louis Ier de Blois (fils d’Aélis, sœur
de Marie) et Thibaut Ier de Bar, Guillaume de Garlande, seigneur de Livry,
Gilles de Vieux-Maison, Bouchard Ier de Marly, Guy de Ponceaux, châtelain
de Coucy et Conon de Béthune. Peut-être prit-il part à la Troisième ou à
la Quatrième Croisade. Sa poésie est pleine d’ardeur amoureuse et de
raffinement. |