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ZARA YAKOB - roi d'Ethiopie - français

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ZARA YAKOB, ROI D'ETHIOPIE

 

Vieux, fatigué, blanchi par les années,

Tu sors dans les splendides jardins

De ton palais pour écouter

Le chant léger des oiseaux,

Qui, comme des flèches de lumière

Déchirent le voile bleu du ciel éthiopien.

 

Négus couvert de gloire, soif insolente,

Axiome de feu, abondance de foi,

Baigné du parfum de roses, de capucines

Et de fraîches giroflées,

Guerrier féroce, tu fermes les yeux

Et te rappelles la saveur du premier baiser

Et le noir de ces effroyables années d’orage !

 

Le temps a érodé ta chair,

Et tu n’as de cesse

Que tu ne nous fasses comprendre

Le sens suprême de ta vie !

 

Toi, étoile éblouissante de la chrétienté,

Toi qui as couvert la verte Éthiopie,

Pays de montagnes abruptes

Et de plaines fertiles,

D’églises et de monastères

Où flotte nuit et jour, le parfum dévotieux des oraisons

Et où les âmes prisonnières de Dieu

Adjurent le Christ pour le salut du peuple tout entier.

 

Tout se confond dans tes prunelles endolories :

Sang, cliquetis d’arme, cris féroces, vie et mort

Tendresse joyeuse, amours fleuries, fureur sanguinaire

Et mansuétude africaine !

Aller nuque et pieds nus à la pénitence,

Transperçant la cuirasse de la brume bleue du soir,

Tomber, face contre la terre frémissante,

Le cœur essoufflé de dévotion

Devant le sourire céleste de la Vierge !

 

Ô roi, ô écrits incendiaires :

Matshafa Berhan, Livre de la Lumière,

Matshafa Milad, Livre de la Nativité,

Matshafa Sellasse, Livre de la Trinité),

Matshafa Bahrey, Livre de l'essence) ou Épître de l'humanité !

Vie dans la vie,

Trésors dans les trésors !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 19 avril 2019

Glose :

Zara Yakob (langue guèze : ዘርዓ:ያዕቆብ Zarʿā Yāʿiqōb « Semence de Jacob », langue amharique : Zer'a Yā'iqōb), nom de règne Kwestantinos (guèze : ቈስታንቲኖስ Qʷastāntīnōs Constantin Ier) né en 1399, négus (roi) d’Éthiopie de 1434 à 1468.

Quatrième fils de David Ier d’Éthiopie, il succéda à ses trois frères et à ses trois neveux après avoir passé 20 ans à l'amba de Guerchén où il était d'usage depuis le XIIIe siècle de reléguer ceux qui auraient pu prétendre à la succession impériale. De là son caractère mystique et un peu sombre et son goût pour les controverses religieuses.

Zara Yaqob porte à son apogée l’Éthiopie médiévale. Son règne est marqué par des répressions impitoyables contre les hérétiques stéphanites et contre les innombrables comploteurs qui cherchent à l’abattre. Il n’épargne même pas sa famille et ses enfants. Dès le début de son règne, Zara Yacoub se rend à Aksoum pour y être couronné. Pendant son voyage de retour, il fonde plusieurs églises et quelques monastères. Il fait creuser un port sur la mer Rouge.

Zara Yakob envoie plusieurs ambassades en Occident. Des religieux éthiopiens de Jérusalem participent au concile de Florence où ils sont reçus solennellement par le Pape Eugène IV (1439-1441). Afin de réaliser l’union des chrétiens contre l’Islam, le roi Alphonse V d’Aragon (né en 1396 à Medina del Campo en Castille et mort le 27 juin 1458 à Naples, roi d’Aragon de 1416 à 1458) échange des lettres avec le souverain éthiopien.

En 1441, Zara Yakob fonde le monastère de Debre Metmaq dans sa résidence du Tegoulet (Choa). Il établit peu après sa capitale et son palais plus au sud, dans le pays de Debre Berhan (Abbaye de Lumière).

Il bat le sultan d’Ifat, mettant fin aux luttes entre chrétiens et musulmans en Éthiopie : les sultans Oualashma, chassés par les prédécesseurs de Zara Yakob, ont créé un nouvel État musulman, le sultanat d’Adal, sultanat musulman somali de la Corne de l’Afrique situé sur les territoires actuels de Djibouti, au Nord de la Somalie et au Sud de l’Érythrée et Éthiopie). Le sultan de l’Adal, Badlaï, envahit le Daouaro en 1445, mais est aussitôt défait et tué par Zara Yakob, ce qui assure la paix.

La paix venue, Zara Yakob consacre son temps à la propagation du christianisme qu’il impose par la force aux païens du Godjam et du Damot et à la réforme de la religion chez la population déjà chrétienne. Il prescrit les tatouages qui, sur le front et sur les bras, professent la croyance en la Trinité en même temps que la renonciation au démon. Il lutte contre les pratiques de magie, codifie les fêtes obligatoires et les jeûnes. Il ordonne le respect du samedi, ou sabbat, ce qui est taxé de « judaïsme » et entraîne une révolte des moines de Debra Libanos. Les opposants sont punis sans pitié. Il combat les hérésies, organise des controverses théologiques auxquelles il prend part dans ses écrits : le Matshafa Berhan (Livre de la Lumière), recueil de préceptes concernant la discipline chrétienne, le Matshafa Milad, contre les Juifs et les hérétiques Stéphanites.

Zara Yakob meurt en 1468, âgé de 69 ans, à Debra-Berhân., Il est inhumé au lac Tana, dans l’église monastique de l’île de Dak. Il laisse un empire qui s’étend du Baraca et de Messaoua jusqu’à l’Ifat. Il assujettit le sultan du Hadiya et conserve les États du Sidamo.

 

Son fils Baéda-Maryam Ier lui succède (1468-1478)

Œuvre littéraire :

On lui attribue une vingtaine d'homélies dont certaines sont de fait des textes très longs, comme le Matshafa Berhan (Livre de la Lumière), le Matshafa Milad (Livre de la nativité), le Matshafa Sellasse (Livre de la Trinité), le Matshafa Bahrey (Livre de l'essence) ou l'Épître de l'humanité. Ces textes religieux étaient destinés à être lus à l'assemblée des fidèles lors des offices : ils informaient la société éthiopienne des décisions de l'empereur en matière de religion. Il favorisa notamment la dévotion à la Vierge Marie.