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« Celui qui désire la vie future,
qui fait des efforts pour l’obtenir,
Coran, sourate XVII, Le Voyage nocturne, verset 20
« Louange à Dieu souverain de
l’univers, Coran, sourate I, Au Nom de Dieu Clément et Miséricordieux
Viens sur mon cœur, Ange de
la claire Lumière,
Et le vent s’abandonne aux
sereins baisers du silence !
Mouillant de la tendresse
liquide de ses yeux magnifiques,
Ni sa maison en aire de
prière !
Comment il formula avec une
grâce incomparable,
Baignée par tant de larmes
solitaires,
Comment on a laissé
découverte
Dis comment on a planté sur
sa tombe fraîche Coran, CXIV, Les Hommes
Athanase Vantchev de Thracy
Glose : Le Prophète Mahomet (Muhammad) était le fils de ‘Abd-Allâh (‘Abdallah), prénom qui signifie « serviteur de Dieu », demi-frère d’al-Abbâs et d’Abû Tâlib du clan des Banû Hâshim ou Hachimides. Son père ‘Abdallah (circa 554-570) était le dixième enfant de ‘Abd al-Muttalib, noble Mecquois, hanif, libre chercheur de Dieu. Par sa mère Salma, ‘Abd al-Muttalib était lié à l’oasis de Yathrib où se dressa plus tard la ville de Médine. La mère du Prophète, Âmina bint Zuhrah, était également native de cette même oasis. Le Prophète naquit en 570 de l’ère chrétienne à La Mecque, la plus sacrée de toutes les villes de l’Arabie. Le père, ‘Abdallah, mourut quelques semaines avant la venue au monde de celui qui allait fonder l’islam, la dernière grande religion monothéiste au monde. Il légua à sa jeune femme, Âmina, cinq chameaux et une vieille esclave. La mère, privée de ressources, quitta La Mecque et rejoignit sa famille à Yathrib. Le prénom Mohammad signifie « le lieu par excellence de la louange » ou « le plus loué », « periclitos » en grec ancien. Quoique pauvre, Mahomet, en tant que Qoreïch, appartenait à la plus ancienne noblesse d’Arabie. La tribu des Qoreïch (Qoreïch signifie « les petits requins ») gouvernait depuis des siècles La Mecque. Elle était composée de dix grandes familles, parmi lesquelles les Hâshim (Hâshim est l’arrière-grand-père du Prophète), les ‘Abd Shams, les Naufel, les ‘Abd-Dar et… les Umayya qui règneront plus tard, pendant cent ans, de 650 à 750 ap. J.-C., sur l’immense Empire musulman. Mahomet eut comme première nourrice Tuwaïbah, une esclave de son oncle paternel Abû Lahab et, comme frères de lait, ses deux autres oncles, J’afar et Hamza, qui allaient lui rester fidèles à jamais. Il eut comme deuxième nourrice la Bédouine Halîma bint Abû-Dh’ayab du clan des Banû S’ad, comme frère de lait son fils Mesrouth et comme sœur de lait sa fille Shaymâ’. Âmina, la mère du Prophète était poétesse. Comme nous l’avons dit plus haut, restée veuve, elle rentra avec son enfant à Yathrib. Après la mort de cette mère tant aimé, Mahomet dut revenir à La Mecque chez son grand-père ‘Abd al-Muttalib qui, à cette époque, occupait la haute fonction de siqaya, « celui qui désaltère » les pèlerins à la Ka’aba, sanctuaire connu dans toute la péninsule arabique. Ce sanctuaire était haram, « sacré » depuis toujours, car , selon la croyance des antiques tribus de la région, il était construit par Adam, le premier homme, et restauré plus tard par Ibrâhîm (Abraham), l’ancêtre commun des Arabes et des Juifs. Toutes les religions y étaient représentées. Sur un des murs de la Ka’aba était peinte une magnifique fresque représentant la Vierge Marie tenant dans ses bras l’Enfant Jésus. Chose importante à savoir : une fois revenu dans ce sanctuaire après la reconquête de La Mecque, le Prophète ordonna que l’on effaçât toutes les fresques et que l’on détruisît toutes les idoles et tous les bas-reliefs figurant les dieux païens, « sauf – avait-il dit en ce jour de triomphe de l’islam – ce qui se trouve sous mes mains ». C’est la fresque de la Vierge Marie et de Jésus Enfant qui se trouvait sous les mains pieuses du Messager de Dieu. Peu sont ceux qui savent que le Prophète manifesta toute sa vie un profond respect pour le christianisme allant jusqu’à permettre aux chrétiens venus le saluer à Médine, de célébrer plusieurs messes dans la mosquée. ‘Abd al-Muttalib mourut à 110 ans, laissant le jeune Mahomet, à peine âgé de huit ans, tout seul. Ce fut alors Abû-Talib, son oncle, dernier frère de son père et d’al-Abbâs, qui accueillit, protégea et éduqua l’enfant ensemble avec son propre fils ‘Ali. Plus tard, ‘Ali, adopté par Mahomet, prendra pour épouse sa fille, Fâtima. Mahomet se maria à l’âge de 25 ans, en 595, avec la riche commerçante mecquoise Khadîja bint Khuwaylid (circa 555 – 619), surnommée la tahîna, « l’honnête », qui était âgée de 40 ans. Khadîja avait été mariée déjà deux fois : de son premier mariage elle avait eu un fils, Hind, du deuxième lit une fille, appelée également Hind. Cette femme au caractère fort donna au Prophète trois fils, Qâsim, Tayyib, Tâhir, tous morts en bas âge, et quatre filles : Ruqayya, Zaynab, Umm Kulthûm et Fâtima. Seule Fâtima, l’épouse de ‘Ali, eut des descendants : Hasan et Husayn. Khadîja fut le grand amour du Prophète, son bon conseiller, son premier disciple. Jusqu’à la fin de sa vie, Mahomet ne put prononcer son nom sans que ses yeux se remplissent de larmes. C’est en 610 ap. J.-C., âgé de quarante ans, que Mahomet reçut ses premières révélations, transmises selon lui par une voix qui lui ordonnait de « réciter » ce qu’il entendait et qui était, selon des versets du Coran plus tardifs, la voix de l’ange Gabriel. Il attendit quatre ans avant de se faire entendre publiquement et, de ce moment jusqu’en 622, il ne cessa de multiplier ses appels, suscitant de plus en plus, pour lui-même et son entourage, les railleries, puis les sévices des Mecquois. Bravant le polythéisme de ses concitoyens, Mahomet prêcha la foi en un Dieu unique, Allah, forme abrégée de Al-Illah, la tawakhu ou confiance absolue en Dieu, le renoncement à la vie clanique, à l’égoïsme aveugle, l’imminence du Jour du Jugement dernier, la bonté, l’amour du prochain, la miséricorde, la charité. Sa doctrine déchaîna l’hostilité même de ses proches parents, dirigeants de sa ville natale, La Mecque, ce qui força Mahomet et quelques-uns de ses amis convertis à la nouvelle religion, l’islam, à chercher refuge à Yathrib (la future Médine). Cet « expatriation », hijra en arabe, eut lieu en 622. C’est le 16 juillet de cette année 622 que débute l’ère de l’Hégire, c’est-à-dire l’ère musulmane. En dix ans, le Prophète sut imposer l’islam à toute l’Arabie. En 630, après plusieurs durs affrontements (624, 625, 627), La Mecque embrassa la nouvelle religion. Le mot islam veut dire « soumission », soumission bien sûr à Dieu. Est musulman (muslim) celui qui se soumet à la volonté de Dieu. La forme muslim est le participe passé du verbe arabe aslama, « se soumettre ». Les quatre premiers musulmans furent, par ordre chronologique, Khadîja, ‘Ali, Zayd Hâritha, jeune esclave syrien affranchi par Mahomet, Abû Bakr al-Siddîq ou le Véridique. Abû-Bakr, l’Ami fidèle, le Confident, le Compagnon le plus proche du Prophète, deviendra, après la mort de Mahomet, le premier calife des musulmans ! Le mot calife, signifie littéralement « successeur », sous-entendu de Mahomet. Gagné corps et âme à la cause du Messager de Dieu, Abû Bakr, cet homme merveilleux, n’hésita pas un instant à marier sa toute jeune fille Aïcha, le premier enfant musulman, au Prophète. Mahomet mourut le 8 juin 632 dans les bras de sa femme Aïcha entouré de ses fidèles Compagnons : ‘Ali, son fils adoptif et son gendre (devenu le quatrième calife), Abû-Bakr, son plus fidèle ami et son beau-père (élu premier calife), ‘Umar ibn al-Khattab (élu deuxième calife), son autre beau-père, ‘Uthmân ibn Affân, deux fois gendre du Prophète (élu troisième calife). Malgré son amour infini pour sa ville natale, La Mecque, il voulut s’éteindre à Médine par fidélité au serment qu’il avait prêté aux douze Médinois qui avaient embrassé l’islam au moment le plus difficile de sa vie et qui restèrent connus dans l’histoire comme les Ansâr (littéralement les « Auxiliaires »). Ce furent les Ansars qui accueillirent à Yathrib le Prophète et ses Compagnons exilés mecquois, les Mûhajirûn. Al- Khadir ou Al-Kidr : nom d’une figure mystérieuse, vénérée et populaire en milieu musulman, qui fut généralement identifié avec « le serviteur de Dieu » accompagnant Moïse (Mûsâ) dans un des épisodes que relate le Coran. Al-Khadir est considéré, tantôt comme un prophète, tantôt comme un saint personnage représentant de Dieu sur la mer et sur la terre qui, selon certains auteurs, aurait même acquis l’immortalité. Son nom qui signifie « le vert » est énigmatique. Enigmatique aussi est l’origine des divers récits relatifs à cet être mystérieux que l’exégèse coranique a évoqué à propos des versets 61-83 de la sourate XVIII, certaines auteurs voulant même y retrouver la personnalité d’Elie telle qu’elle se présente dans la légende rabbinique et telle qu’elle était invoquée par les juifs du Moyen Âge, spécialement pour demander la pluie. Laylat al-qadr : la nuit durant laquelle fut révélé le premier verset coranique. On appelle cette nuit laylat al-qadr ou le « nuit du Destin » parce que, dans la croyance populaire, c’est au cours de cette nuit que, tous les ans, est fixé le destin de chaque homme. Al-Âmin : un des surnoms du Prophète. Ce terme signifie fidèle, sûr, fiable. Avant la Révélation, les Mecquois avaient choisi Mahomet pour arbitrer entre eux en raison de son honnêteté et de son jugement sûr. Ils le surnommèrent al-Âmin. Minbar (n.m.) : élément mobilier participant à l’aménagement de la grande-mosquée depuis l’époque du Prophète et s’étant conservé jusqu’à nos jours sous la forme d’une chaire à degrés, souvent un escalier de plusieurs marches. Ohod ou Uhud (bataille d’), novembre 625 : bataille des musulmans de Médine contre une petite armée païenne venue de la Mecque pour venger les morts de la bataille de Badr. Lors des combats, les défenseurs de l’islam perdirent de nombreux guerriers. Parmi les personnages tombés en shahîd (pl. shuhadâ’) ou « martyrs » figurait Hamza, l’oncle de Mahomet. Le Prophète lui-même fut blessé lors des combats. L’emplacement de la bataille et les tombes de ceux qui y avaient péri ainsi que la mosquée-oratoire dédiée au souvenir de Hamza devinrent des lieux de visites pieuses ou ziyâra. Kohol, koheul, khôl (n.m.) : mot arabe qui signifie alcool. Fard de couleur sombre appliqué sur les paupières, les cils, les sourcils. Les hommes aussi s’en servaient pour protéger leurs yeux de différentes maladies. Collyre (n.m.) : du grec kollurion, « onguent ». Médicament liquide, isotonique aux larmes, qu’on instille dans l’œil. Antimoine (n.m.) : de l’arabe ‘itmid. Corps simple au symbole chimique Sb, solide blanc argenté, cassant, dont le principal intérêt est la stibine, et qui augmente la dureté des métaux auxquels on l’associe. Stibine (n.f.) : sulfure naturel d’antimoine Sb2S3. Ikraâ’ : mot arabe qui signifie « Lis ! » L’Ange dans le poème est Gabriel. Il est mentionné une seule fois dans le Coran, sourate II, verset 91, sourate appartenant à l’époque de Médine. Pour les chrétiens, Gabriel est un Archange. Mais en fait, Gabriel est un des six séraphins se tenant, selon la Bible, devant le trône de Dieu. L’Ancien Testament cite les noms de deux autres séraphins : Michel (Mikaël) et Raphaël. Coran (n.m.) : en arabe qur’an ou « récitation », nom donné à l’ensemble des révélations transmises par Mahomet lors de sa mission au nom d’Allâh, mises par écrit surtout après sa mort pour constituer l’une des bases fondamentales de la doctrine et de la Loi musulmanes ainsi que l’objet essentiel des sciences religieuses islamiques. Les savants occidentaux rapprochent cette appellation du syriaque qeryana qui signifie « lecture des Ecritures » ; mais les musulmans se contentent de la considérer comme le nom verbal du terme qara’a, « lire, réciter » qui apparaît plusieurs fois dans le texte du Coran, notamment dans un des versets considéré comme un des plus anciens où Mahomet reçoit l’ordre suivant : « Récite, au nom du Seigneur qui créa » (Coran, XCVI, 1). Selon la doctrine officielle de l’islam, le Coran est un livre (qîtab) incréé, le Livre par excellence, celui dont l’archétype céleste est célébré par la plupart des commentateurs musulmans, un Livre dicté et non inspiré. Il existe cependant des théologiens, les mu’tazilites par exemple, qui affirment que le Coran est un livre créé, un livre inspiré et non dicté. La différence semble mince. En réalité, elle est immense ! Quoiqu’il en soit, le Coran contient 114 sourates (chapitres) comptant 6219 versets. Il faut donner une place à part à la première sourate, la Fâtiha, ou « Liminaire » qui est une prière, et aux deux dernières qui sont des incantations servant de conclusion. Selon la doctrine traditionnelle, le premier exemplaire rédigé aurait vu le jour à la fin du califat d’Abû Bakr, soit vers 634 : l’un des proches de son entourage, le futur calife ‘Umar ibn al-Khattâb s’étant ému de constater que nombre de musulmans connaissant par cœur le Coran avaient disparu lors des batailles de l’Apostasie, il aurait convaincu Abû Bakr de demander à l’ancien secrétaire du Prophète, Zayd ibn Thâbit, de réunir tous les fragments écrits ou conservés « dans les poitrines des hommes ». Cette relation est toutefois contredite par d’autres qui donnent des détails différents ou qui même affirment qu’aucun texte écrit n’exista avant la recension due à l’initiative du troisième calife, ‘Uthmân ibn ‘Affân. La plus ancienne traduction du Coran est la paraphrase en latin, écrite par Robert de Ketton sur l’ordre de l’abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, et achevée en 1143, œuvre qui servit de base à diverses autres tentatives. Une traduction italienne vit ensuite le jour en 1547. La première traduction française date de 1647. Elle est l’œuvre d’André du Ryer.
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